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 LA VIE CHERE EN NOUVELLE-CALEDONIE

16/4/2009

Ces vingt dernières années, le patronat et la classe politique ont façonné un système économique favorable à quelques intérêts particuliers, au détriment de la majorité de la population. Pourquoi les biens courants sont-ils aussi chers ? À quoi riment les prix des carottes, des vêtements ou des crédits bancaires, largement supérieurs à ceux de la Métropole, transport compris ? Est-ce une fatalité pour une île de 250 000 habitants ?

C'est à ces questions que le cabinet d’expertise comptable Syndex a répondu dans une étude sur « les causes de la vie chère en Nouvelle-Calédonie », réalisée pour l’Usoenc.
Qu’y apprend-on ? D’abord que les marges de nos entreprises sont globalement supérieures à celles pratiquées dans l’Hexagone. Ensuite que le système fiscal (taxes et quotas d’importation) ponctionne d’abord les consommateurs, sous prétexte de développer l’emploi local (les effets de cette politique sur l’emploi ne sont pas mesurés).
Enfin, que les fruits des années fastes (2002-2008) ont davantage profité aux actionnaires qu’aux salariés des entreprises concernées. Le tout baignant dans une opacité qui rend le système difficile à comprendre pour le consommateur, bien obligé de passer à la caisse. Résumé en trois points.

1. Des marges royales
En se basant sur les chiffres officiels, Syndex démontre une « croissance des marges bénéficiaires prélevées par les entreprises calédoniennes dans tous les secteurs de l’économie ». Entre 1998 et 2006, la production de biens et de services (PIB) a doublé. En plus de profiter d’une consommation galopante, les entreprises ont augmenté leurs marges sur la même période.
Cela se ressent particulièrement dans le commerce, où le taux de marge corrigé (1) est passé de 32,5 % à 47 %, avec un bond de 13 points entre 1998 et 2002. En clair : les entreprises ont dégagé plus d’argent, et en ont conservé une plus grande partie qu’auparavant.
Cette situation est propre à la Nouvelle-Calédonie : en Métropole comme en Polynésie, les taux de marge ont eu tendance à baisser. Cela permet à Syndex d’affirmer que « le surplus de prix payé par le consommateur n’est nullement le fait de la hausse des salaires et des cotisations sociales », mais est plutôt dû à une hausse des marges.
Ce phénomène s’explique par le peu d’acteurs économiques et « le manque de concurrence qui en résulte ».

2. Taxes inefficaces, quotas sur mesure
Sous le feu des critiques depuis quelques mois, les quotas et les taxes à l’importation sont « un labyrinthe administratif sans cohérence apparente autre que [les] besoins des agents économiques du territoire », aux yeux de Syndex. Ce constat s’approche de celui émis par la Chambre des comptes dans un rapport publié en novembre.
Concernant les quotas, indispensables pour préserver l’industrie locale, les experts saluent la création d’un comité du commerce extérieur (Comex), chargé de réviser les protections et d’examiner les nouvelles demandes.
Mais « la consultation de dossiers d’instruction nous a semblé largement insuffisante » par rapport à l’objectif premier, qui était de faire coller les protections aux besoins réels du pays. « Les fiches sont remplies par les demandeurs, sans contre-analyse », résume Stéphane Portet, l’un des auteurs du rapport.
Au sujet des taxes, « les consommateurs sont, à peu de chose près, les uniques payeurs, en raison des exonérations dont bénéficient les entreprises ». En plus, elles permettent aux entreprises de réaliser des marges supplémentaires… sur les taxes (qui représentent environ 10 % du prix en rayon).

3. Tout ça pour quoi ?
L’emploi est l’argument principal avancé pour défendre le système de protection. S’il s’agit souvent d’une « question de vie ou de mort » économique, le nombre d’emplois protégés n’a pas vraiment évolué depuis 2005, malgré les « rentes de quotas » dont bénéficie une partie des industriels. Cette évolution « peu dynamique » conduit les experts à réclamer la prise en compte d’autres critères au moment d’accorder des protections. Par ailleurs, « les effets sur l’emploi ne sont jamais mesurés par les collectivités, la valeur ajoutée non plus », regrette Christian Duschene, l’un des trois auteurs du rapport.

(1) Le taux de marge d’exploitation exprime, sous forme de taux, la part de la valeur ajoutée gardée par l’entreprise, avant impôt sur les bénéfices. S’il est corrigé, c’est pour tenir compte de la rémunération des nombreux gérants de sociétés sans salarié. Sans correction, le taux atteint 61 %.

 
(extrait des Nouvelles-Calédoniennes du 18/04/09) http://lnc.nc/

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