« Que les gens se mouillent et croient en leur pays » » caledocitoyens- pôle initiative

 « Que les gens se mouillent et croient en leur pays »

23/4/2009

Ils entrent dans la série des « inclassables » de la politique bipolaire. Louis Mapou est Palika; Laurent Chatenay a été élu Rassemblement; mais c’est ensemble qu’ils proposent une liste d’ouverture citoyenne pour dépasser les clivages et bosser dur sur la cohésion sociale.

Les Nouvelles calédoniennes : Comment comptez-vous limiter les effets de la crise mondiale en Calédonie ?
Laurent Chatenay :
Vaste question ... La crise est une opportunité de remettre certaines choses à plat et n’apporte pas que des effets négatifs. Elle peut aussi induire une réduction de nos coûts d’approvisionnement, et devrait permettre de toucher des produits moins chers. L’important est de s’assurer que ces économies soient bien répercutées aux consommateurs.

Comment comptez-vous lutter contre la vie chère ?
Laurent Chatenay :
A court terme, il ne faut pas hésiter à mener une politique interventionniste et à soumettre au contrôle des prix une liste de produits et de services de première nécessité. À long terme, il faut mettre à plat la question fondamentale de l’organisation de notre commerce et de notre fiscalité.
Louis Mapou : On a la chance d’avoir un système économique qui permet aux gens de Brousse et des îles d’avoir une double activité. La terre est un élément de sécurité et d’amortissement des difficultés. Il faut prendre en compte le milieu rural, ne pas le tirer vers le tout moderne alors qu’il y a un potentiel pour une économie de proximité.

Quelles solutions préconisez-vous pour protéger l’emploi local ?
Louis Mapou :
C’est un débat passionnel lié aux flux extérieurs. Mais la population de notre pays est déjà issue de vagues de migration successives, et c’est une richesse. Il ne faut pas se contredire par un discours trop anti-immigration. Dans une phase de développement et de préparation à de plus grandes responsabilités, elle ne doit pas continuer à être perçue comme une menace, à condition de la maîtriser.
Sur le terrain du droit électoral, la question est traitée, il n’y a pas menace. Il reste à le faire sur le droit à l’emploi. Il y a un texte qui a fait l’objet d’un accord entre les partenaires sociaux. Il est sûrement perfectible, mais il faut s’en saisir dès l’installation du nouveau Congrès.
Ces mesures doivent s’accompagner d’un effort sur la formation locale, mais il faut aussi que les gens se mouillent, bossent et croient en leur pays.

Que pensez-vous de l’irruption du thème de l’insécurité dans la campagne  ?
Laurent Chatenay :
L’insécurité n’est que le résultat d’un déséquilibre social profond. Le curseur ne doit pas être mis que sur la répression. Il faut se pencher sur les racines du mal et on en revient à la question de la fracture sociale et de la lutte contre les exclusions. Quand des gens qui vivent dans des situations précaires côtoient l’opulence, il se forge des foyers de violence et de délinquance d’autant plus marquants que nous sommes dans un petit pays. C’est le problème de fond de la société calédonienne : elle meurt de ses différences et l’absence de concertation politique ne permet pas de réfléchir en profondeur aux solutions à y apporter.

Quels sont, selon vous, les leviers de développement économique de la province Sud ?
Louis Mapou :
Pendant les vingt dernières années, on a travaillé sur le rééquilibrage entre provinces. Il faut aussi traiter la question du rééquilibrage interne à la province Sud. Si on ne s’occupe pas convenablement des neuf communes du Sud rural, tout le monde va continuer à venir dans le Grand Nouméa. Quand les enfants ne crient plus dans les tribus, c’est la vie qui s’en va. Les leviers de développement existent, avec Promosud, l’Icap, l’Adie, la BCI. Mais continuent-ils à jouer leur rôle ?
Ce n’est pas une question d’outils, mais de volonté politique et de coordination.

Quel rythme souhaitez-vous donner aux transferts de compétence et avec quelle priorité ?
Louis Mapou :
Les premiers transferts ont eu lieu en 1999. Tout le monde a fait avec. Il faut les évaluer, mais ils sont entrés dans les mœurs. En 2004, comme rien n’avait été préparé, rien n’a été transféré. Pour la prochaine vague, certains ont été décalés compte tenu de leur complexité, et c’est normal. Les autres ont été décidés au Comité des signataires. Même si certains sont déjà en train de se contredire, il faut les faire, sans reproduire les erreurs d’un partenariat qui ne fonctionne pas. Il n’y a pas plus important que cela dans le processus de l’Accord de Nouméa. Le défi pour l’avenir est celui de la responsabilisation, individuelle et collective.

Quelles doivent être les priorités de la prochaine mandature ?
Laurent Chatenay :
Elles portent sur trois axes. Un, la cohésion sociale et la réduction de la fracture sociale. Deux, la cohérence des politiques publiques. Trois, la réhabilitation de l’esprit de partenariat. La grande carence de la classe politique est qu’elle ne veut pas travailler ensemble à la résolution des problèmes de fond et à la réussite de l’Accord de Nouméa.
Louis Mapou : Et c’est de la cohérence et du partenariat que dépendra la réponse au pari de la cohésion sociale. Sinon, la communauté de destin restera un vain mot et les gens se réfugieront dans les résistances identitaires.

Comment voyez-vous la sortie de l’Accord ?
Laurent Chatenay :
La question est prématurée et on ne veut pas verser dans un débat inutile. Pour l’instant, on n’a pas assez et pas assez bien travaillé.
Louis Mapou : Cet accord, qui se place dans la continuité de l’accord de Matignon, a vocation à permettre aux deux blocs nés en 1977 de rechercher la voie la plus équilibrée pour construire le projet pour l’avenir. Il faut qu’on s’engage pour réussir, mettre les gens au travail, poser les questions de fond. Il n’est pas raisonnable de se poser la question de l’avenir institutionnel dès maintenant alors qu’il y a tant à faire. Et d’ailleurs, si le partenariat avait bien fonctionné, peut être qu’on ne serait pas en train de se poser cette question de la sortie, qui anime essentiellement la droite. En 2014, ce ne seront que des élections provinciales.

Quelles forces voulez-vous rassembler lors de la prochaine mandature ?
Louis Mapou :
Toutes les forces. Nous voulons sortir des clivages, les transcender.
Laurent Chatenay : Nous ne sommes pas dans le calcul politique. Nous serons prêts à soutenir toutes les bonnes idées.

Avec qui pourriez-vous négocier un éventuel accord de majorité, et sur quelles bases ?
Laurent Chatenay :
Nous ne nous situons pas dans ce schéma. Nous ne sommes pas dans une logique d’alliances et de petits calculs.

Quelle est votre définition de la Calédonie future ?
Laurent Chatenay :
Ce que nous voulons, c’est une Calédonie dans laquelle tous les citoyens se retrouvent, éprouvent de la fierté d’appartenir à ce pays qui se mérite et qui nous impose de dépasser nos clivages.
Louis Mapou : Notre défi, c’est de construire une citoyenneté. La Calédonie que nous voulons est celle où chacun irait chercher l’autre, où chacun assumerait son appartenance individuelle à sa communauté culturelle et son appartenance collective à la somme de toutes nos cultures. C’est la Calédonie du syncrétisme.

Extrait des nouvelles-calédoniennes du 22 avril 2009.

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